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Marcel Lebrun: De qui se MOOC-t-on ?

Numérique Les MOOC, ce sont les Massive Open Online Courses, des cours en ligne ouverts (on s’y inscrit gratuitement sans condition préalable), et rassemblant des milliers d’étudiants répartis sur la planète entière. Tout a commencé, il y a 5 ou 6 ans, avec des vidéos de cours magistraux (dans tous les sens du mot) postés par Berkeley sur YouTube ou MIT sur iTunes-U. Dès 2011, de tout aussi prestigieuses universités s’associent en consortiums, tels edX ou Coursera pour proposer des parcours pédagogiques en ligne alternant séquences vidéo, exercices et, parfois, activités collaboratives Certains proposent un certificat de participation et d’assiduité. Dans la famille des MOOC, il est important de distinguer les xMOOC (centrés sur l’enseignant et constitués d’exposés et d’exercices) et les cMOOC (connectivistes basés sur les interactions des participants et dont le centre est partout). Comme à chaque « nouvelle » technologie, les commentaires s’opposent entre « le côté clair et le côté obscur de la force ». S’agit-il de savoirs en boîte (du fastlearning) promus par les SuperCampus d’une éducation devenue mondiale et dont les MOOC seraient les vitrines ? Ou d’un soubresaut médiatisé d’un enseignement ex cathedra hérité d’une époque où la lecture était la seule voie de la transmission ? Ou encore de la préparation en douce d’un guet-apens économique qui surviendra lorsque les modèles financiers seront révélés aux naïfs séduits par la gratuité toute temporaire de ces opérations pseudophilanthropiques ? Ou alors, plus positivement, dans la lignée de l’intelligence collective, des communautés d’apprentissage et de pratiques, s’agirait-il d’une occasion historique de construire ensemble un nouvel humanisme numérique dont les apprenants (nous tous) seraient les apprentis ? Une occasion de restaurer l’humain, ses contextes et ses cultures, au sein des savoirs normalisés de la science universelle (on n’est pas loin de l’opposition stérile entre savoirs et compétences) ? Serions-nous des binaires séduits par le confort des propos extrêmes et réticents à vivre dans l’incertitude ? Perdons-nous si facilement la mémoire de la stérilité de ces polarisations caricaturales ? Déjà Socrate, à propos de l’écriture, une fabuleuse invention de Thot, le dieu des technologues, se montrait méfiant en évoquant le pharmakon : ces technologies sont tout à la fois un poison et un remède. Plus récemment, Michel Serres, parlant de l’externalisation de notre mémoire sur les artefacts mobiles, disait : On n’a pas le cerveau vide, on a le cerveau libre ! C’est à imaginer des tierces places que nous devons travailler. Au-delà de l’ambivalence de l’outil, les technologies sont et resteront des potentiels qu’il revient aux humains d’activer et de socialiser. Les MOOC, tout en étant un potentiel formidable pour l’apprentissage, ne peuvent en garantir la qualité, la profondeur, le transfert. Clark, en 1983, disait déjà à propos des médias : « Pas plus que le camion qui amène les victuailles au supermarché ne peut améliorer la santé d’une population les médias ne peuvent de facto apporter des valeurs ajoutées à l’apprentissage. » La relation entre enseigner et apprendre est systémique, non linéaire. C’est par le dispositif construit « autour des ressources », un dispositif constitué d’outils, certes, mais aussi d’activités signifiantes et d’interactivités édificatrices, c’est par la formation des étudiants et des enseignants, tous apprenants, qu’apparaîtront les valeurs ajoutées attendues des technologies. Quelle vision et quelle place explicite pour le numérique dans la formation ? Nous travaillons aujourd’hui à un nouveau genre de plateforme Claroline Connect qui permettra au tissu relationnel humain d’activer le potentiel de ces technologies. Serez-vous prêt à l’utiliser ? Plus que d’outils et d’usages, ce sont des mentalités à changer : rapport aux savoirs, aux compétences, aux rôles à jouer…

Une contribution du Professeur Marcel Lebrun parue dans LaLibre.be

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